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Interview de David Foenkinos

Capture d’écran 2014-02-05 à 14.53.14David Foenkinos

David Foenkinos est l’auteur de nombreux romans, notamment Le potentiel érotique de ma femme, prix Roger Nimier 2004, Nos séparations, Les souvenirs et Je vais mieux.
Il a réalisé avec son frère Stéphane Foenkinos une adaptation cinématographique de La délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens. Ses romans sont traduits dans une quarantaine de langues.

Interview

Qui est Bernard ?

Bernard a tout de l’antihéros qui n’est en phase ni avec la réalité ni avec son époque.
Il semble toujours être en retard sur tout, et sur la compréhension de ce qui lui arrive. Cette façon incessante de « débarquer » peut le rendre comique, touchant ou alors insupportable.
En revanche, c’est sûrement mon roman le plus ancré dans notre époque. C’est évidemment une histoire liée aux difficultés actuelles, à la crise. Cette histoire d’un homme d’une cinquantaine d’années qui retourne vivre chez ses parents m’est d’ailleurs venue en regardant un reportage télévisé.

Quelle place particulière tient
La tête de l’emploi dans votre oeuvre ?

Je place Bernard parmi les personnages que j’aime bien, comme le Markus de La délicatesse. J’alterne des livres peut-être plus personnels et des comédies. Même si les deux se mélangent parfois. Il me semble que La tête de l’emploi est assez proche de l’univers de Je vais mieux. Mon prochain roman, lui, sera très différent.

Pourquoi avoir choisi de publier ce roman chez J’ai lu ?

J’ai lu est, avec Folio, mon éditeur poche.
Publier chez J’ai lu La tête de l’emploi est donc pour moi une véritable continuité après En cas de bonheur et Lennon. Et puis j’aimais bien l’idée de publier un livre directement en semi-poche. Il m’arrive souvent ’entendre les lecteurs dire qu’ils attendent la publication poche pour lire un livre. J’écoute beaucoup mes lecteurs, j’aime les rencontrer, et cette remarque a fait son chemin jusqu’à La tête de l’emploi. Oui, cette idée me tenait à coeur.

Capture d’écran 2014-02-05 à 14.54.04

La tête de l’emploi

Résumé

À 50 ans, Bernard se voyait bien parti pour mener la même vie tranquille jusqu’à la fin de ses jours. Mais parfois, l’existence réserve des surprises… De catastrophe en loi des séries, l’effet domino peut balayer en un clin d’oeil le château de cartes de nos certitudes. Et le moins que l’on puisse dire est que cet homme ordinaire, sympathique au demeurant, n’était pas armé pour affronter ce qui l’attendait.

Buster Keaton post-moderne, il va devoir traverser ce roman drôle et mélancolique pour tenter de retrouver sa place dans ce monde en crise.

Extraits

« Le “Bernard” impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n’a pas peur de taper dans le dos d’un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom : il contient la possibilité du précipice. Oui, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec, dans cette identité qui est la mienne. Il y a des prénoms qui sont comme la bande-annonce de leur destin. À la limite, Bernard pouvait être un film comique. En tout cas, il est certain que je n’allais pas révolutionner l’humanité. »

« J’ai repensé aux mots de Nathalie. Avait-elle raison ? Je m’étais enfermé. J’avais l’impression de parler, de me raconter, lors de nos dîners à la maison, mais au fond je n’en étais plus certain. Advient un moment où il semble sans intérêt de partager ses pensées. On se dit que l’autre va s’ennuyer à nous écouter. Nous-mêmes, nous nous ennuyons en écoutant l’autre. Je peux bien l’avouer, les péripéties professionnelles de ma femme ne m’intéressent plus guère. La folie d’Untel ou l’étrange pathologie d’un autre sont des conversations que j’ai l’impression d’avoir déjà eues mille fois. Avec les années on en vient à survoler nos vies, on confie des bribes de manière mécanique. On partage des résumés, alors qu’on aimait tant les digressions. Parler des heures pour ne rien dire, cela me manque. »

« Pouvait-on lire à ce point-là ma vie sur mon visage, comme on ouvre un roman ? Ou alors, avais-je une vie si commune ? Je trouvais terrible qu’on puisse se dire rien qu’en me regardant : “ Cet homme a forcément des problèmes avec sa femme. ” Je rêvais d’être mystérieux, insondable. Je voulais bien souffrir, à la condition que ma souffrance soit extraordinaire. J’avais mal d’être le pauvre type dont la vie est celle de tout le monde. J’aurais voulu que cette femme ne puisse pas deviner si j’étais un touriste, un agent secret, ou si j’avais un rendez-vous de la plus haute importance érotique. »

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