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Interview Mourad Boudjellal

Mourad Boudjellal : « Être consensuel c’est comme être collabo pendant la guerre »

Le président du RCT mesure le chemin parcouru depuis sa prise de fonction. Il entend bien continuer à jouer son rôle de trublion pour faire avancer le milieu du rugby. Rencontre avec une personnalité incontournable qui défend ses convictions en montrant au passage une grande culture générale.

 
 
Au début de l’aventure RCT vous attendiez-vous à être emporté dans un tel tourbillon ?

Je savais que le fait d’être un beur au parcours atypique allait intéresser les médias et qu’inévitablement ça allait aussi servir l’intérêt du club. A l’époque le RCT était en Pro D2 et n’intéressait pas grand monde. Je mesure aujourd’hui le chemin parcouru, la passion autour du club est telle que forcément cela donne envie d’aller encore plus loin ne serait-ce que pour satisfaire nos supporters.

Le RCT est un peu le pouls de Toulon, les résultats de l’équipe influent sur le moral et même sur l’économie est-ce une pression supplémentaire au quotidien ?

Franchement oui c’est une pression énorme. On est des « marchands de bonheur ». D’ailleurs quand on réalise un gros match à l’extérieur je regrette de ne pas pouvoir le partager tout de suite avec les supporters. Il y a beaucoup d’attente voilà pourquoi on essaye de construire au fil des ans une équipe de plus en plus compétitive capable de faire rêver les gens.

En quelques années vous avez su relancer un club historiquement chargé, avec le recul quel a été le tournant ?

L’arrivée de Tana Umaga a été symbolique à différents niveaux. C’est le premier joueur de légende à venir jouer en France. A l’époque j’avais trouvé une formule pour stigmatiser ce constat. J’avais dit qu’on venait de créer le Top 15. C’était ça. Certes le RCT était en Pro D2 mais médiatiquement on recevait un traitement digne de l’élite. Ce fut le départ de l’aventure. Après d’autres grands joueurs nous ont rejoints en suivant l’exemple de Tana comme Matfield ou Gregan. La dynamique était lancée. La montée en Top 14 nous a permis de poursuivre dans cette voie pour franchir des paliers.

Comment jugez-vous l’évolution du milieu du rugby ?

Le milieu du rugby n’évolue pas aussi vite que le public et se réfugie derrière ses valeurs pour masquer ses lacunes. Personne ne veut toucher aux valeurs du rugby. Le jour où je vois une banderole insultante au stade ou que j’entends des cris de singe lorsqu’un joueur de couleur touche le ballon, j’arrête moi-même la rencontre. Il ne faut pas tout confondre.

Vous avez trouvé votre place avec un franc parlé qui en surprend plus d’un. Est-ce votre sentiment ?

Je me la suis faîte sans changer ma personnalité. Je suis détesté par une partie du milieu du rugby et plutôt apprécié par une autre. Je suis à l’image du club. On ne laisse personne indifférent, on suscite des passions.

Aujourd’hui le RCT remplirait à domicile un stade 30 000 spectateurs avez-vous le sentiment que les infrastructures ne suivent pas la courbe du club ?

Non car il faut encore pérenniser le club. L’équilibre est trop fragile et puis Mayol c’est Mayol. Ce stade a une âme. Cela me fait rire car à l’époque où j’ai délocalisé certains matches au Vélodrome de Marseille nombreux ont râlé alors qu’aujourd’hui ils sont les premiers à s’y rendre avec joie. On en revient à ce que l’on disait tout à l’heure. Il faut bousculer certaines habitudes pour faire évoluer les choses. Être consensuel c’est comme être « collabo » pendant la guerre. Je ne suis pas comme ça.

Le RCT fait cette année partie des gros outsiders derrière Toulouse et Clermont. On fête en 2012 les 20 ans du dernier titre, c’est le bon moment pour ramener le Brennus sur la rade !

Symboliquement c’est le bon moment. Tout va se jouer sur des détails comme l’arbitrage (rires). Aujourd’hui Clermont et Toulouse sont au-dessus du lot. Les deux équipes ont des ambitions en H Cup et pourraient y laisser des plumes. De toute façon Toulouse décide à l’avance quelle compétition l’équipe veut gagner. L’an passé c’était le Brennus, j’espère que cette saison ce sera la H Cup (rires). L’envie fera la différence. L’exemple c’est Montpellier l’an dernier qui avec des moyens limités a failli aller au bout à force de courage et d’envie.

Votre nom a circulé concernant la reprise du Sporting Toulon et même celle du HTV. Vous avez une image de sauveur du sport toulonnais. Doit-on s’attendre à vous voir étendre votre champ d’action ?

J’en serais surpris. Le milieu du foot ne me correspond pas. Mobiliser des camions de CRS pour protéger les supporters n’est pas franchement ma tasse de thé. Concernant le HTV pourquoi pas en termes de logistique mais pour l’instant je suis obnubilé par le fait de retrouver la H Cup avec le RCT.

Et si j’étais…

Un chanson : « Avalon » de Roxy Music puis Bryan Ferry. C’est une île au large de New York sur laquelle de nombreux immigrés rêvaient d’une vie meilleure. J’aime bien ce symbole. Vouloir aller plus loin, être ambitieux.

Un film : « Fenêtre sur cour » pour la beauté de Grâce Kelly et la classe de James Stewart mais surtout pour les prouesses scénographiques d’Hitchkock. Faire un film d’action avec un homme bloqué sur un fauteuil est un pari osé. Réussi avec brio.

Une femme mais pas la votre : Rosa Parks qui a eu le cran, un jour, de ne pas se lever dans un bus pour laisser sa place à un blanc. De nombreuses années après l’élection de Barack Obama magnifie son courage.

Un plat auquel vous ne pouvez résister : Je peux faire 100 kms pour une bonne pizza. Le pire c’est que c’est vrai (rires).

Un héros de BD : Spider Man, j’adore quand il hurle « Géronimo ».

Un sportif : Mohamed Ali, le sportif des sportifs. Il a prouvé qu’il fallait aussi un cerveau pour être une légende.

Un des X Men : Cyclope. Franchement avec son pouvoir (des rayons lasers qui lui sortent des yeux) il se gave. En plus il est beau mec. La classe (rires).

Une autre ville que Toulon : Miami est une ville qui m’apaise surtout South Beach. J’aime l’architecture et l’intégration des différentes communautés.

Un autre club que le RCT : Avant j’étais fan de Clermont Ferrand et moins aujourd’hui. A l’inverse je détestais Béziers et aujourd’hui j’aime bien leur envie de remonter en Top 14 cela me rappelle Toulon. Donc je dirais… St Etienne en football avec Rocheteau l’ange vert.

Une devise : J’aime bien celle du footballeur Georges Best : « J’ai dépensé beaucoup d’argent dans la boisson, les filles et les voitures. Et le reste je l’ai gaspillé »

An. D.

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